Chômeurs, rassemblons-nous !

Par Patrick Valentin
La France de 2006 compte 1,25 million de RMIstes, chiffre qui augmente année après année. Le taux de chômage de très longue durée (au moins deux ans) a augmenté de 9 % en 2005, et concerne 600 000 personnes. Ces quelques indicateurs contribuent à montrer que l’écart entre riches et pauvres dans notre pays ne diminue pas, et que les personnes les plus éloignées du monde du travail ne parviennent pas à améliorer leur situation.

Incapable de freiner l’augmentation du nombre des bénéficiaires des minima sociaux, notre système d’aide sociale tient plus de l’infirmerie en temps de guerre que d’un tremplin efficient vers l’insertion de tous. Lorsqu’on côtoie dans la vie quotidienne ces personnes qui galèrent, exclues du monde du travail et mises à l’écart de la société d’abondance où nous vivons, et que l’on accepte d’entendre leurs souffrances, l’image de l’enfer vient à l’esprit. L’enfer peut prendre bien des formes, mais au risque de choquer et de paraître outrancier, l’enfer qui m’apparaît a quelques points communs avec celui des « hôpitaux de campagne » de la guerre de 1914. Certains films récents nous ont rappelé que les soldats de la guerre 14-18 qui se blessaient volontairement pour quitter la boucherie des tranchées risquaient d’être fusillés pour l’exemple ! Et pendant ce temps, les autres blessés, reconnus victimes involontaires, étaient « rafistolés » le plus vite possible pour être renvoyés au combat.

La guerre économique d’aujourd’hui est évidemment beaucoup moins sanglante mais elle n’est pas beaucoup plus tendre que la guerre militaire d’hier. Elle crée aussi des désespoirs et des tragédies de très grande ampleur parmi les petits soldats sans défense, sacrifiés sans état d’âme sur l’autel d’un intérêt économique relayé par la raison d’Etat. Dans ce contexte, il ne faut pas s’étonner que notre "infirmerie sociale" soit bien souvent désorientée, elle dont l’action se limite si souvent à poser des emplâtres sur des jambes de bois, sans vertu curative ni préventive. Tantôt elle "étudie le dossier" et si, par malheur, le chômeur est jugé coupable de son chômage, elle le raye sans appel "pour l’exemple". Quant aux autres, les bons chômeurs qui n’ont vraiment pas fait exprès, elle les renvoie le plus vite possible sur le "front de l’emploi", où ils redeviendront de dociles petits soldats à la recherche d’emplois inexistants qu’une économie hyper-performante ne souhaite pas créer pour eux. Ils sont des centaines de milliers de dociles chercheurs d’emploi qui jouent à leur insu, et de façon tragique, le jeu cruel des chaises musicales. La règle du jeu est scrupuleusement respectée : il y a toujours moins d’emplois que de chercheurs d’emploi ; ceux qui ont perdu sont mis sur la touche, et le jeu continue.

Emplâtres sur jambes de bois ! À quoi bon, en effet, prétendre traiter les maux liés à la précarité, au chômage et à l’exclusion, quand la source même de ces difficultés n’est pas combattue ? Les sommes englouties (6 milliards d’euros en 2005 pour le seul RMI) ont-elles une quelconque utilité en termes de progrès social ? Car à la précarité matérielle vécue par ceux qui disposent pour toute ressource des minima sociaux, soit 6 millions de personnes, s’ajoute très souvent une situation de détresse humaine. Sentiment d’inutilité, d’incapacité, ennui, honte, isolement, les explications sont nombreuses qui font que le chômage de longue durée est aussi, et surtout, un chômage d’exclusion, un chômage humiliant. Toucher un RMI ou une allocation de solidarité n’est à ce titre d’aucun secours. Le vrai progrès social ne peut pas consister à donner à chacun les moyens d’assurer difficilement sa survie, mais bien à donner à tous la capacité à recouvrer dignité et estime de soi. Nier cette évidence revient à réduire le « modèle français » à une simple notion de charité organisée, dont le seul objet serait d’éviter l’explosion d’un système qui exclut de plus en plus de monde.

A suivre...
Ven 8 déc 2006 1 commentaire

 Grâce à une association (l'A.I.T.A), une des seules à avoir ouvert les portes pour pouvoir retourner dans le monde du travail.


Les ANPE ne donnant aucune solution et recevant plus ou moins bien les chômeurs, peut-être (aussi?) par un manque de personnel, le gouvernement a fort à faire. Où sont les embauches promises? Où sont passés les postes vacants des retraités récemment partis?


Quels critères faut-il pour trouver du travail aussi bien à l' ANPE que par une agence intérimaire? Cela dépend-t-il de la tête du client, de l'âge? (trop jeune: moins de 25 ans, rien, soit disant à cause du manque d'expérience, plus de 45 ans la galère commence)


Le piston est toujours là, même s\\\'il est caché, pour certaines entreprises, agences intérimaires, fonction publique. 


 


 

Céline - le 16/01/2007 à 12h28