Lundi 4 avril 2011 1 04 /04 /Avr /2011 15:17

Voici le témoignage plein d’espoir d’un jeune en recherche d’emploi qui, malgré les difficultés, a réussi son stage dans une grande entreprise. Les noms, lieux et dates ont été supprimés du texte original.

 

 

« Nous nous rencontrons ce jour, tous les trois pour faire le bilan de ces quelques 5 semaines de stage d’électricité, dans les services techniques de l’entreprise.

 

Mon maître de stage principal et  tous les ouvriers du service se sont occupés de moi.

Je me suis bien entendu avec tous. Le matin parfois j’avais des difficultés à arriver à l’heure sur place. Le bus, me posait beaucoup de problèmes. Certains jours je mettais 2 fois plus de temps que la veille.

 

Le personnel m’a appris beaucoup de choses. Pas uniquement de l’électricité mais aussi de la maçonnerie, du travail de plaquiste et un peu de plomberie.

Le responsable des services techniques et deux autres collègues ont été près de moi pour faire le rapport de stage.

J’ai beaucoup aimé travailler avec le maçon.

J’ai trouvé que c‘était beaucoup plus difficile de faire de la maçonnerie que de l’électricité.

Ce qui m’a plu c’est qu’il y avait une bonne ambiance, ils me laissaient faire, j’étais en confiance, surtout ils m’ont mis en confiance.

J’apprenais vite, et quand je n’y arrivais pas ils me ré expliquaient avec patience. Un jour qu’il pleuvait, un de mes collègues était parti chercher un aspirateur. En revenant il m’a vu travailler sous la pluie, il n’en revenait pas. Je lui ai dit que je savais qu’on était en retard et que j’avais essayé de me mettre à sa place, alors j’ai avancé le travail malgré tout.

J’ai déjeuné avec eux tous les jours, et ensuite souvent ils jouaient au poker, sans argent : c’était bien de jouer aussi.

J’ai envie de les revoir, je crois que cet été j’irai les voir de temps en temps.

 

Pour mon stage, je n’avais pas trouvé parce que je n’avais pas bien cherché.

Je n’ai appelé que des artisans qui me proposaient une semaine, ou deux, ce n’était pas suffisant ! Je n’ai pas eu l’idée d’appeler des structures comme cette entreprise et en fait j’avais dans l’idée « ils ne vont pas me prendre ».

Mais l’an prochain, je vais essayer de les contacter très vite. Je ne vais pas envoyer mon CV, mais je vais me déplacer pour les rencontrer et surtout leur dire combien je suis motivé… je n’ai pas oublié le jour où nous sommes allés tous les trois pour la première fois dans cette entreprise. Seul je n’aurais pas osé entrer dans le bâtiment !

 

Ces 5 semaines ont-elles changé quelque chose en toi ?

 

J’ai vu vraiment ce qu’est le monde du travail. Je sais quoi faire maintenant, je sais qu’il faut du courage pour y entrer. Nous, les jeunes, le week-end on pense à sortir et à dormir, pour se reposer. Mais avec le travail, quand on en un, il faut persister, il faut y aller tout le temps sans se poser de question. Certains jours, je n’avais pas envie d’écouter les remarques. Mais cette vérité, il me fallait la voir en face, c’est bon pour moi, il ne faut pas cacher les choses.

Les adultes, les parents d’accord, mais les formateurs ou les profs, ils ne sont pas dans le rôle des patrons. C’est ce qui change tout quand on travaille ! C’est mieux parce qu’on est dans la réalité, ensemble, et dans mon stage je les ai sentis comme des frères, un peu plus vieux. Il n’ y a pas beaucoup de gens qui me font des remarques comme çà, à part dans la famille, ils se sont vraiment intéressés à moi.

Le dernier jour du stage, à midi, c’était le repas pique nique de fin d’année de l’entreprise. Ils m’ont offert le repas et il y avait tous les employés, ceux des services techniques et ceux des bureaux, de l’accueil. Quelques personnes m’ont parlé.

Un ingénieur est venu nous voir, j’étais avec un autre stagiaire des espaces verts, un peu plus timide encore que moi. On s’est dit bonjour, j’essayais de montrer que j’étais ouvert. Il m’a  demandé des choses sur le stage puis il m’a parlé de mon avenir, de ma réussite. J’habite dans une « cité ». Il faut monter que çà n’a rien à voir, que nous pouvons nous aussi réussir dans la vie que nous voulons. J’ai pensé à mes copains de la « cité »…..

C’était la première fois que je parlais avec quelqu’un de son statut, on s’est bien entendu

 

Tu as quelque chose à dire à tes copains de la « cité » ?

 

Oui, leur dire qu’ils cherchent vraiment à se trouver des stages, qu’il ne faut pas avoir peur, qu’il ne faut pas « lâcher l’affaire », il faut insister et dire pourquoi ce stage est important pour nous. Quand on nous dit non, il faut demander pourquoi les patrons ne prennent pas de stagiaires. Il faut aussi leur dire fort qu’ils peuvent nous faire confiance, vous savez qu’on est là pour apprendre.

C’est quand on se retrouve tout seul qu’on ne sait pas quoi faire.

Après j’ai beaucoup parlé avec ma mère, ma sœur ; elles disaient qu’elles étaient fières de moi.

Avec le permis que je passe ce mois-ci je vais pouvoir trouver peut-être un job de nuit.

Avec ce stage, je vais pouvoir mettre quelque chose sur mon CV, et ce que j’ai découvert dans cette grosse entreprise, je pense que cela va m’ouvrir des portes.

 

Mon copain est chauffeur-livreur en produits pharmaceutiques. Depuis que nous travaillons, nous ne voyons plus la vie du quartier de la même façon. Elle est dure parfois, mais il y a des gens bien aussi dans ce quartier, c’est familial. Souvent je reste en bas avec les jeunes … on voit parfois des voisins qui ont des difficultés, je crois qu’il faut les aider, pour eux mais pour moi aussi, pour l’idée que j’ai de moi.

 Je sens le besoin de sortir à l’extérieur du quartier, le travail c’est un repère pour moi. De mes copains, j’en vois qui font des allers-retours en prison, cela me fait me poser des questions ! J’ai envie de quelque chose de plus grand, pour m’en sortir, un grand besoin d’une vie normale. Je veux que mes enfants soient fiers de moi, je veux leur  laisser quelque chose. La vie dans la cité, c’est trop fermé, je voudrais le montrer aux copains, qui sont en difficultés ou qui vont mal finir… les caïds et les autres.

Je me souviens aussi d’un autre de mes collègues.  Il est sourd. On a beaucoup rigolé, et plus çà allait plus on se comprenait ; j’ai aimé découvrir çà. Il travaille lui, il bosse dur et bien. Il a 40 ans environ, et je n’imaginais pas que c’était possible.

Voilà ce que j’avais envie de dire ».

Par Le Club Aita - Publié dans : Vécu - Communauté : Chacun cherche son travail...
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