Vendredi 8 décembre 2006 5 08 /12 /Déc /2006 09:23

Les politiques "sectorisées", destinées à un public précis, sont souvent perçues comme injustes par les demandeurs d'emploi qui, quel que soit leur statut, sont pareillement confrontés aux difficultés du chômage.

Sabrina Elas* a 25 ans. Elle a arrêté l'école à 16 ans, sans qualification. "Depuis, j'ai enchaîné les petits boulots, notamment dans le nettoyage industriel." Un secteur, en effet, souvent désigné comme employeur potentiel pour les demandeurs d'emploi non diplômés et/ou peu formés. Mais ce n'est pas l'eldorado. "Une fois, on m'a proposé un CDI de cinq heures par semaine, c'est-à-dire une heure par jour, pour un travail qui demandait beaucoup plus de temps ! Et avec les frais de garde et de transport, ça ne valait pas le coup..." De quoi faire réfléchir ceux qui s'indignent quand les demandeurs d'emploi refusent un contrat. Sans compter tous les effets collatéraux d'une reprise d'activité à temps partiel et mal payée. "Mon mari et moi, on a été parfois au RMI, parfois aux Assedic. Selon la situation, les aides ne sont pas les mêmes." Droit aux colis alimentaires, allocations logements, CMU (couverture maladie universelle) sont en effet accordés sous condition de ressource, avec parfois de douloureux effets de seuil. "Une fois, nos ressources mensuelles dépassaient de quelques euros le plafond pour avoir droit à la CMU. Il a fallu qu'on prenne une mutuelle nous-mêmes, de 1 000 euros par an. Heureusement, la Sécu nous en a payé la moitié." Reste 500 euros à financer, ce qui représente une somme certaine quand le budget est serré. "De toute façon, mutuelle ou pas, on est de moins en moins bien remboursé. Mais c'est injuste que, selon qu'on soit indemnisé par les Assedic ou pas, les aides ne soient pas les mêmes. Pour avoir connu les deux, je peux dire que c'est pourtant la même galère."

Puis, en 2005, Sabrina fait une formation d'assistante de vie, pour travailler dans l'aide à la personne. Le début d'une vraie carrière ? Pas si simple. "J'ai travaillé quatre mois avec une association. Puis ils ne m'ont pas gardée. Je ne sais pas trop pourquoi, parce qu'il y avait du boulot et les gens étaient contents de moi. Après, j'ai encore travaillé dans ce secteur, mais dans la périphérie d'Angers. Et là, c'était vraiment trop dur sans permis de conduire." Car faute de voiture, les déplacements à domicile se compliquent vite, dès lors qu'on quitte le maillage serré des transports urbains des centre-ville. Les employeurs l'ont bien compris : "Beaucoup n'embauchent pas si on a pas de véhicule..."

Aujourd'hui, Sabrina avoue avoir perdu beaucoup de ses illusions. "J'ai connu trop d'échecs, trop d'espoirs déçus. Mais je vais continuer à me bouger. Car le chômage, ce n'est pas uniquement les problèmes d'argent. C'est aussi l'ennui, les heures qu'on compte à rester chez soi sans rien avoir à faire. Ca, je n'en veux pas. Je ne vais pas baisser les bras."

* Le nom a été changé
Par Le Club Aita - Publié dans : Vécu
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil

8 idées reçues sur le chômage

Rubriques

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés