Mardi 20 octobre 2009 2 20 /10 /Oct /2009 09:57
Samedi 17 octobre, c'était la Journée mondiale du refus de la misère. Cette journée fut l'occasion de rassemblements, dans  de nombreuses villes de France, présentant notamment le témoignage de personnes qui vivent la misère quotidiennement. La privation d'emploi est évidemment un thème récurrent de ces témoignages, comme l'illustre le texte suivant, lu par une femme privée d'emploi lors du rassemblement organisé à Angers. Un texte simple, qui explique avec sincérité la difficulté à vivre sans travail. Où l'on est très loin du mythe du chômeur "fainéant" ou "profiteur".

« J’ai 32 ans et je suis l’aînée d’une famille de neuf enfants. Chez nous ce n’était pas le grand luxe, mais mon père a toujours tout fait pour que nous ne manquions de rien. Les boulots les plus durs, dans les mines d’ardoise ou les abattoirs, il les a faits. Jusqu’à ce que son dos n’en puisse plus. Il nous a donné le goût de l’effort, et nous a appris l’honnêteté.

Aujourd’hui, c’est moi qui suis mère. J’ai trois enfants que j’élève seule. Mon père a eu des emplois très durs, moi je n’ai pas d’emploi du tout. Parfois j’ai l’impression que quand on est né du mauvais côté, ce sera toujours très difficile de trouver sa place. Il faut toujours convaincre qu’on est capable de faire quelque chose, qu’on a envie de travailler. Je sais que j’en suis capable et que j’en ai l’envie, mais encore faut-il que quelqu’un me donne ma chance !

On parle de la misère. J’ai connu la misère matérielle, celle où l’on ne sait pas ce qu’on fera à manger demain. Mais il y a aussi la misère morale, celle où l’on reste enfermée chez soi, volet tiré. Je l’ai connue aussi, certains jours, mais j’ai toujours trouvé la force d’en sortir, par le refus de donner à mes enfants l’image de la détresse, par fierté aussi.

Pour sortir de la misère, on ne demande pas l’assistance, mais la reconnaissance. Celle d’un travail qui nous permette de vivre dignement, mais aussi qui donne le sentiment d’être utile, de faire quelque chose de ses journées. Et puis il y a l’avenir. Qu’est-ce que j’aurai comme retraite plus tard ? Est-ce qu’on est condamné à galérer toute sa vie ?

Peut-être que je n’ai pas fait tout ce que j’aurais pu pour trouver un travail. Pourtant j’ai fait des emplois d’insertion, des formations. Mais il y a toujours plus d’exigences, et parfois des choses qui ne sont pas justes, comme la discrimination.
Il y a des moments où je n’y crois plus. D’autres moments où j’ai de l’espoir. Parce qu’il y a certains jours, par exemple en vacances avec mes enfants, où je me sens bien, où je connais un vrai bien-être. Dans ces moments-là, on comprend que la vie peut être autre chose que la galère. C’est ça que je veux transmettre à mes enfants. »
Par Le Club Aita - Publié dans : Vécu
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Mardi 22 septembre 2009 2 22 /09 /Sep /2009 10:49


Face à la crise actuelle, l'objectif premier de la politique conduite par le gouvernement peut se résumer en une phrase : rétablir la croissance. Le retour de la croissance, suppose-t-on, permettra de réduire le chômage, d'améliorer le pouvoir d'achat, bref, de favoriser le bien-être général.

Mais  la croissance est-elle le bon indicateur pour mesurer l'état de prospérité d'une population donnée ? Telle qu'elle est calculée actuellement, sur la seule base du produit intérieur brut, la réponse est clairement non. C'est ce que confirme en tout cas une étude dont les résultats ont été publiés par l'hebdomadaire L'Express.

Cette étude a établi un classement des régions françaises à partir d'un indicateur appelé "indicateur de santé sociale".
Outre la seule création de richesse, cet indice prend en compte le taux de chômage, la sécurité, l'espérance de vie, le lien social, etc. Et selon cet indice, la région qui arrive en tête du palmarès est... le Limousin. L'Ile-de-France de son côté, première en termes de création de richesse, pointe elle à la 17e place.

Si l'on considère que les effets les plus durs de la crise se manifestent par le "mal-être" des personnes qui y sont confrontées, il y a un côté absurde à vouloir y répondre en privilégiant un indicateur (la croissance du PIB) aussi inexact en termes de "santé sociale".

Quelles sont les conséquences de ce constat sur la lutte contre le chômage ? Dans l'optique actuelle (où la mesure de la croissance se limite à celle du seul PIB), la création d'emplois est, dans le meilleur des cas, une conséquence de la croissance. Si la croissance était mesurée, par exemple, sur la base de cet "indicateur de santé sociale", l'emploi deviendrait un facteur créateur de croissance. Ce qui n'est pas du tout la même chose. Dans un cas, l'emploi devient une finalité de la politique économique ; dans l'autre, il en demeure un vague effet secondaire.

Or le fait de retenir un indicateur plutôt qu'un autre ne relève en rien d'une vérité objective à laquelle se conformer, mais bien d'un choix subjectif qui peut tout à fait être remis en cause... C'est d'ailleurs le sens des travaux conduits, à la demande du gouvernement, par la "commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social", qui vient de rendre son rapport. La promesse d'un changement d'ère ?
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /Sep /2009 14:35
Dans un article paru en début d'année sur son blog, Alain Lipietz livre au détour d'une phrase son interprétation de la crise que nous traversons : "(...) la crise actuelle, (...) du point de vue strictement économique, est une crise de surproduction/sous-consommation due à la faible part des salaires dans la valeur ajoutée".

Evidemment, cette analyse n'engage que son auteur et pourrait sans doute être qualifiée de réductrice, mais elle a le mérite de la clarté et résume avec efficacité un aspect central du problème. Ainsi, aux Etats-Unis, les inégalités de revenus avaient atteint un niveau record juste avant l'éclatement de la crise et les salaires témoignaient d'une inquiétante stagnation voire, pour les plus bas salaires, d'une forte baisse en termes de revenus réels. Et en France, la question de la répartition des richesses et du niveau des salaires est un débat récurrent, nourri par des constats inquiétants comme celui de l'apparition d'une vaste population de "travailleurs pauvres".

A défaut de revenus d'activités suffisants, le seul moyen de maintenir un niveau de consommation élevé est alors de recourir à l'endettement (voire au surendettement) avec les conséquences que l'on sait : éclatement de bulles spéculatives assises sur des créances insolvables et implosion du système bancaire.

La manne du crédit s'étant tarie, la "faible part des salaires dans la valeur ajoutée" entraîne une "sous-consommation" qui prolonge la crise en une longue récession.

Bien que rapide, cette analyse impose de se poser une question : comment, dans ce contexte, une politique de "relance par l'investissement" peut-elle avoir une chance de réussir ? Car une entreprise n'investit pas pour le plaisir de dépenser l'argent dont elle dispose (ou que l'on met à sa disposition). Elle investit lorsqu'elle considère que le marché présente des débouchés suffisants pour cela, avec des perspectives de retours attractives. Ce qui n'est pas le cas en période de "sous-consommation"...

Pourtant, c'est bien ce modèle de "relance par l'investissement" qui a été retenu par le gouvernement. Avec pour l'instant un bilan peu glorieux, où la pente du taux de chômage suit celle du déficit public, l'un et l'autre fermement orientés à la hausse.

L'opposition de gauche, dans le même temps, plaidait elle pour une relance par la consommation. Cette option aurait-elle été plus efficace ? Il est évidemment difficile de répondre à cette question, sauf à jouer le jeu de la "politique-fiction". De nombreux analystes estiment cependant que le bilan en aurait été décevant : la forte part des produits d'importation dans la consommation nationale fait que les bénéfices d'une telle relance auraient été assez faibles pour les entreprises françaises, du moins pas à la hauteur des sommes dépensées.

Ces deux orientations (investissement et consommation) ont en fait toutes les deux le même défaut : elles tournent autour du pot. Car à terme, l'objectif de ces deux types de relance est le même : améliorer le contexte économique pour que les entreprises recommencent à créer de l'emploi !

Mais au lieu de s'attaquer au problème frontalement, elles préfèrent passer par des chemins détournés, tortueux, qui finalement ne mènent nulle part. Pourtant, il est bien évident que socialement, la création d'emplois doit être la priorité. Tout comme il est évident qu'un chômage de masse, tel qu'on le connaît actuellement, constitue un poids qui pèse lourdement sur les perspectives de redécollage de l'économie. Atonie du pouvoir d'achat, déséquilibre des comptes sociaux, baisse de la fiscalité : le chômage, c'est tout ça à la fois.

Qu'attend-on alors pour mettre les moyens directement là où on est sûrs qu'ils seront utiles, c'est-à-dire dans la création d'emplois ? C'est pourtant quelque chose que l'on sait faire, comme le prouvent les nombreuses expériences menées en matière d'emplois aidés, emplois qui très souvent ont fait la preuve de leur utilité sociale. Ces emplois souffrent cependant de plusieurs limites : temps partiel, faible rémunération, durée déterminée. Mais il n'est pas trop tard pour mieux faire.
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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Mardi 28 juillet 2009 2 28 /07 /Juil /2009 14:11
Les chiffres officiels du chômage établis au titre du mois de juin 2009 font apparaître une baisse inattendue du nombre des inscrits à Pôle Emploi en catégorie A, c'est-à-dire sans aucune activité professionnelle et disponibles de suite. Par contre, le nombre des inscrits en catégorie B et C est lui en hausse. Un prélude de "l'effet RSA" ?

La baisse est légère, mais c'est tout de même une baisse : au mois de juin 2009, le nombre des inscrits à Pôle Emploi en catégorie A (c'est-à-dire les demandeurs d'emploi n'ayant aucune activité professionnelle et disponibles sans délai pour travailler) était en repli de 0,7%. Un chiffre pour le moins surprenant, alors même que la crise économique est encore bien présente, et ses effets sur l'emploi avec elle.

Toutefois, si le nombre d'inscrits en catégorie A est le seul à être pris en compte pour établir le taux de chômage "officiel", il ne saurait faire oublier que Pôle Emploi recense également cinq autres catégories de chômeurs. Dont les effectifs sont eux en hausse.

C'est notamment le cas des catégories B et C. Celles-ci englobent les demandeurs d'emploi qui exercent une activité à temps partiel de moins de 78 heures par mois pour les premiers (catégorie B) ou de plus de 78 heures par mois pour les seconds (catégorie C). Au total, les inscrits dans ces deux catégories étaient à la fin du mois de juin 27 800 de plus qu'à la fin du mois de mai. Ceci alors même que les activités saisonnières d'été n'impactent pas encore les statistiques, car devenant significatives sur les mois de juillet-août.

Un peu moins de chômeurs "à temps plein" et plus de chômeurs "à temps partiel" : telle pourrait être la synthèse des chiffres du chômage pour le mois de juin. Or curieusement, il se trouve que c'est aussi en juin qu'a été généralisé le revenu de solidarité active (RSA). Coïncidence ? Sans doute, car un rapport de cause à effet pourrait difficilement être suspecté sur un laps de temps aussi court : on sait que les effets des politiques économiques sur l'emploi se manifestent sur des échéances beaucoup plus longues. De plus les premiers paiements effectués au titre du RSA l'ont été en juillet, et on sait par ailleurs que le raz-de-marée d'inscription qui était attendu du côté des "travailleurs pauvres" n'a pas eu lieu...

Toutefois, on ne peut que constater qu'en apportant un complément de revenu aux personnes en situation d'emploi précaire (dont beaucoup travaillent à temps partiel), le RSA s'inscrit pleinement dans l'ère du temps : le travail est de plus en plus émietté, et il convient donc d'imaginer des dispositifs pour pallier aux effets de cette situation, à savoir l'accroissement de la pauvreté.

S'il devait conforter cette tendance, le RSA pourrait-il être considéré comme un outil efficace de lutte contre le chômage ? Rien n'est moins sûr. Sauf à se satisfaire d'une baisse de la seule catégorie A...
Par Le Club Aita - Publié dans : Analyses
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8 idées reçues sur le chômage

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