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Concours de circonstances ou accident de la vie, le chômage, même de longue durée, peut rattraper n'importe qui. C'est ce qui est arrivé à Christelle, malgré un bon niveau d'études et une multitude de démarches.
A priori, Christelle Bompas* n'a pas le profil-type du chômeur de longue durée. Mariée, deux enfants, diplôme Bac+2 "technicienne de laboratoire d'analyse médicale", elle est également présidente d'une importante association locale. Si l'on dévait établir une check-liste, les cases "formation" et "insertion sociale" pourraient être cochées sans hésitation. Et pourtant. Depuis l'obtention de son diplôme, en 1991, voilà quinze ans qu'elle se débat entre remplacements de courte durée et petits boulots.
"Ma formation, c'était 75 000 francs pour deux ans." Une bagatelle, qui l'oblige à souscrire un emprunt. S'il y avait eu du boulot à la sortie, cela n'aurait peut-être pas été si grave. Sauf que malgré ce coût élevé, à l'arrivée, son diplôme ne vaut pas cher : "J'ai été formée à des process manuels, alors qu'en labo, la plus grande partie du travail se fait sur machine." Certes, elle trouve du travail juste après sa formation : un CDD en centre de transfusion sanguine, qui aurait dû se concrétiser en CDI... si la crise du sang contaminé n'était pas passée par là. "Les centres n'ont plus recruté. Et sur mon CV, c'est devenu presque un handicap que j'y ai travaillé."
Difficile donc de retrouver quelque chose après, d'autant plus que, du fait du décalage entre sa formation et les pratiques professionnelles, les employeurs préfèrent recruter des titulaires de BTS de biologie appliquée. Un diplôme chasse l'autre, et tant pis pour ceux qui ont dû s'endetter pour des formations obsolètes. Les fameux 75 000 francs s'ajoutant à des difficultés financières, Christelle et sa famille s'enfoncent, jusqu'à arriver en commission de surendettement, en 1994.
La suite, ce sont des petits boulots (cueillette des pommes, des cerises...) et des remplacements, tout de même, en laboratoire, mais pour des tâches de secrétariat. "L'une de ces embauches s'est faite en remplacement d'un congé-maternité. Or la personne ne s'est pas représentée ensuite à son travail. Légalement, l'employeur était obligé de me proposer le poste. Il a refusé, mais je ne me suis pas laissée faire." Elle obtient finalement le CDI. Un cadeau empoisonné que l'employeur lui fait payer par une pression constante, avant finalement de la licencier en 2005. Retour à la case départ.
Le parcours de Christelle, s'est celui d'une femme travailleuse, qui connaît ses droits, qui a fait des études et qui, la faute à pas de chance, à une mauvaise orientation (ce qu'elle pouvait difficilement mesurer à l'époque), à des employeurs indélicats, se retrouve dans une situation qu'elle avait a priori tout pour éviter. Preuve, s'il en était besoin, que le chômage de longue durée peut toucher à peu près n'importe qui. Elle ne nourrit pas d'aigreur cependant sur ses rapports avec les organismes d'aide à l'emploi. "Avec l'aide du Plie (Plan local d'insertion par l'économique), j'ai participé à une plate-forme d'orientation vers l'emploi. Ce fut une expérience bénéfique, qui m'a permis de faire le point sur mes compétences, mes qualités et défauts personnels, les projets sur lesquels il fallait que je m'engage." Dans l'espoir qu'un jour, cela débouche sur une vraie insertion professionnelle.
Piste de travail possible pour les membres du Club AITA, un projet de chantier d'insertion a été évoqué. L'idée : que ce chantier soit le support d'une activité de services à la personne, secteur, on s'en souvient, présenté par Jean-Louis Borloo comme un gisement d'emplois susceptible de donner du travail à au moins un millions de personnes...
Mais après étude des documents administratifs, il apparaît que la mise en oeuvre de cette idée est loin d'être évidente.... En effet, les textes précisent que le champ des services à la personne est exclu des dispositifs d’insertion par l’activité économique (dont font partie les chantiers d’insertion).
Donc, s'il est admis que ce secteur soit porteur d'emploi pour les demandeurs d'emploi, il n'est par contre pas admis que lesdits demandeurs d'emploi puissent dans ce cadre bénéficier des mesures instaurées pour créer de l'emploi... Ceux qui souhaitent trouver du travail dans l'aide à la personne doivent donc trouver eux-mêmes leurs employeurs (option favorisée par la création du chèque emploi service universel) ou se faire embaucher dans une association ou entreprise oeuvrant dans ce domaine. Problème : plusieurs membres du club ont déjà exploré ces pistes... en vain. Soit ils ne trouvent pas d'employeur chez les particuliers, soit les associations démarchées n'ont pas de poste à pourvoir, ou demandent déjà un haut niveau d'expérience. Pour remettre au travail des personnes durablement éloignées de l'emploi, on peut faire mieux.
Ces discussions amènent plusieurs participants à s'interroger sur le manque d’efficacité et les incohérences des politiques d’insertion. Difficile de leur donner tort.